Kheira Hamraoui à l’Olympique Lyonnais

Interview pour le magazine S U R F A C E

Après avoir acceuillis de nombreux footballeurs et artistes tout au long de la semaine, le Palais Of Speed réservait sa journée de dimanche aux femmes avec entre autre la présence de la joueuse de l’équipe de France Kheira Hamraoui. Pour S U R F A C E, la néo-lyonnaise s’est confiée sur son nouveau statut et son image, pas toujours en phase avec la réalité.
On a appris récemment que tu allais quitter le PSG pour l’OL, quels défis t’attendent ?
Quand j’ai intégré le Paris Saint-Germain je savais que c’était l’une des meilleures équipes, maintenant c’est encore plus beau de rejoindre la meilleure équipe d’Europe. J’ai construit mon chemin doucement mais sûrement. Je vais devoir gagner ma place de titulaire indiscutable et donc bosser deux fois plus parce que la concurrence va être rude et il va falloir que je montre de quoi je suis capable. Pour l’instant, je ne peux pas demander mieux.

Le championnat ne risque pas d’être encore plus déséquilibré avec cette fuite de talent vers Lyon ?

Je ne sais pas encore. Il faudra attendre et voir le recrutement qui sera fait par le PSG et se reposer la question ensuite. Mais sincèrement, je n’y pense pas trop car maintenant je suis pleinement concentrée sur L’Olympique Lyonnais et rien d’autre. En équipe de France, on ressent beaucoup de différence avec les joueuses de l’OL car elles jouent tout le temps ensemble, elles ont donc plus d’automatismes. Maintenant que je suis à Lyon, ça va être un plus pour moi en équipe nationale.

Tu sembles être au top de ta carrière, te vois-tu autre part qu’à l’OL un jour ?

On ne sait pas de quoi l’avenir est fait. Je peux me retrouver dans un autre club une fois que mes années à l’OL seront terminées mais je vis au jour le jour et on verra à la fin. Je me suis déjà demandée si je pourrais partir à l’étranger, le championnat allemand m’intéresse vraiment mais partir loin de ma famille… Je ne sais pas vraiment si je partirai. Je suis déjà loin d’eux et c’est compliqué. Aujourd’hui, ma famille est présente tout le temps parce que je suis en France mais ailleurs, c’est une autre culture, ça pourrait ne pas me plaire.

La liste pour les JO va être annoncée dans quelques jours, tu as été blessée en fin de saison, es-tu confiante ?

Je ne suis pas confiante mais jusqu’à aujourd’hui j’ai été appelée à tous les rassemblements de l’équipe de France, c’est plutôt positif. Mais je ne me dis pas pour autant que je suis sûre d’y être et je préfère attendre la liste. J’espère être championne et offrir une médaille à la France. On n’a pas encore ramené de titres, en remporter un changerait tout. Nous savons ce que nous avons raté à la Coupe du monde, on ne veut pas reproduire les mêmes erreurs donc on sera encore plus à fond et je pense que ça peut le faire.

En quoi une médaille olympique pourrait être bénéfique pour le football féminin ?

Il y aurait un plus gros développement car, même si on n’a pas gagné la Coupe du monde, les gens ont pas mal parlé de nous donc une victoire aux Jeux Olympiques, je n’imagine même pas quelles seraient les conséquences mais ce serait forcément positif pour le football féminin en France. Je suis sûre que plus de gens s’intéresseront à nous. Nous avons besoin de titres, qui entraîneront plus de médiatisation et tout le reste se fera naturellement.

Si tu devais changer quelque chose à ta discipline aujourd’hui qu’est-ce que se serait ?

La mentalité. Tous les clubs ne sont pas professionnels, parfois on nous parle mal sans que l’on ait fait quoi que ce soit… Je ne sais pas si certaines filles jouent au foot pour le plaisir et non pour en faire un métier donc il y a aussi une différence à ce niveau là. Peut-être que c’est une ambiance qui existe aussi dans le football masculin mais du côté des garçons, tous les clubs sont professionnels. Malheureusement je pense que ça ne changera jamais ou seulement dans beaucoup d’années.

En parlant de comparaison avec les garçons, impossible de passer à côté de la ferveur de l’Euro, à quel joueur de l’Equipe de France masculine tu t’identifies-tu le plus ?

Si la question portait sur le Paris Saint-Germain j’aurais choisi Thiago Motta parce qu’il joue en sentinelle comme moi et quand il est sur le terrain, j’ai l’impression que je fais les mêmes choses et je me vois en lui. En équipe de France, je n’en ai vraiment aucune idée, mais j’aime beaucoup Pogba même si je ne m’identifie pas à lui. En tout cas je soutiens les Bleus ! Masculine ou féminine, l’équipe de France reste l’équipe de France.

Tes collègues masculins se reconvertissent souvent dans la mode, est-ce que tu penses déjà à l’après foot ?

Travailler dans la mode pourquoi pas mais devenir coach sportif personnel m’intéresse vraiment. Aller chez les gens, et aider aux remises en forme. J’aime beaucoup tout ce qui est préparation physique. Je dis ça comme ça mais c’est un coup à me retrouver dans la mode ! Dans ce cas, je sortirai ma propre marque, pas forcément liée au sport. Je ne veux pas reprendre mes études en tout cas, je n’aimais pas vraiment ça. Quand j’allais à l’école et que les profs me parlaient, je ne faisais pas trop attention parce que je voulais déjà être footballeuse même si à l’époque il n’y avait pas de foot professionnel chez les filles.

As-tu une philosophie de vie ?

Pas vraiment. Je ne regarde pas trop autour de moi, j’ai toujours été comme ça et même mon style vestimentaire le montre. Je ne regarde jamais les autres, pour voir comment elles s’habillent par exemple, et faire pareil ensuite. Je ne suis pas quelqu’un qui stresse parce que plus tu stresses plus tu rates des choses.

D’où te vient ta force de caractère ?

Quand j’étais petite je jouais tout le temps avec les garçons, ils me mettaient des coups, il fallait se battre tout le temps. Les gens qui ne me connaissent pas disent que j’ai une sale mentalité, c’est l’image que je renvoie et je ne la contrôle pas. Tous ceux qui me connaissent me disent que je n’ai rien à voir avec ce que je dégage. Sur le terrain, on va dire que je suis agressive mais si on m’a prise à L’OL c’est parce que je suis « strong » donc ce n’est pas négatif finalement. Depuis que je ne suis plus milieu offensive, on m’a demandé d’être plus agressive, je pense que j’ai toujours eu ce côté en moi.

Tu ne crains pas que les gens aient une mauvaise image de toi si le football féminin devient de plus en plus médiatisé ?

Non, parce que ceux qui me connaissent savent. Même si on me dit qu’il faut que les gens aient une belle image de moi. Si les gens viennent me parler et ils verront qui je suis. Je ne prête pas trop attention ce que l’on dit de moi tant que ma famille, mes proches, et les gens autour de moi pensent du bien c’est le plus important. J’ai du mal à aller vers les autres, du coup ils pensent que je suis hautaine mais pas du tout, c’est juste que je n’arrive pas à aller vers les gens, au fond de moi je suis timide !

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